Pour une nouvelle francophonie canadienne
30 06 2008Dans mon article d’hier sur les mensonges de Paris Match j’ai fait le parallèle entre le manque de considération de la France à notre endroit et nos relations avec les francophones hors-Québec. La situation des francophones partout au Canada me touche et me préoccupe beaucoup. Je regrette notre relative indifférence à leur endroit.
Avant l’émergence du mouvement souverainiste à la fin des années 60, nous étions tous des canadiens français. Tous les francophones du pays partageaient une identité commune. Lorsque ceux du Québec ont adopté le terme québécois pour s’identifier il y a eu une scission. Dorénavant il y aurait deux sortes de francophones, eux, formant de petites minorités isolées sans protection ni droits condamnés à disparaître et nous, souverains ou presque dans une province que nous avons transformé en territoire national pour affirmer notre statut de peuple majoritaire à l’intérieur de nos frontières. Si j’étais psy, je dirais qu’à partir de ce moment-là, les francophones hors-Québec sont devenus le symbole de ce que nous refusons d’être et le miroir qui nous renvoie l’image de notre propre mort. C’est peut-être à cause de cela que nous nous sommes éloignés d’eux.
J’ai eu la chance de faire une tournée des régions francophones du Canada en 1979. C’était pendant l’ère Trudeau où la promotion du bilinguisme et la fréquentation des classes d’immersion française par les anglophones étaient à leur zénith. Il soufflait un vent d’optimisme et d’espoir qui permettait aux minorités linguistiques de croire que leur survie était désormais assurée. Tant mieux, car pendant ce temps-là, le Québec, trop occupé par ses affaires internes et nationalistes, se désintéressait de plus en plus d’eux. Depuis, le bilinguisme canadien, l’espoir des francophones hors-Québec et la souveraineté sont morts quelque part à la fin du 20è siècle avec Trudeau et Lévesque. Mais les liens entre les francophones du Canada n’ont jamais été renoués.
Je ne comprends pas pourquoi le Québec n’est pas plus actif dans la promotion et la défense de la francophonie au Canada. C’est d’autant plus important qu’il est maintenant acquis que la souveraineté du Québec ne se fera pas de sitôt. Nous devrions subventionner les organismes francophones et les supporter en leur donnant accès à des ressources humaines et matérielles pour l’éducation et la culture. Pourquoi ne pas ouvrir des bureaux du Québec dans les principales régions concernées? Il n’y a que nous qui puissions prendre le leadership d’un renouveau de la francophonie au Canada.
Si j’étais psy, c’est ma marotte aujourd’hui, je dirais que le Québec vit actuellement une petite déprime nationaliste. Nous n’avons rien à gagner à bouder dans notre coin en attendant que le vent de la souveraineté se remettre à souffler par miracle. Pour guérir notre spleen, je propose que nous construisions une nouvelle identité francophone forte pour les 7 millions de parlant français au Canada. Plusieurs trouveront cela moins excitant que la marche glorieuse du peuple vers l’indépendance, mais ça rejoint ce qui fait notre originalité et notre différence en Amérique-du-Nord, notre langue et notre culture.
Publié par : jacqueso à 14:26:18Permalien
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